Kobad fils de Khosrou Parviz

Histoire de Schirouïeh et de Schirin, femme de Khosrou Parviz

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J’ai terminé maintenant l’histoire de Khosrou et je vais parler de Schirouï et de Schirin.

Cinquante-trois jours s’étaient écoulés depuis le meurtre du roi ne 3tdigne d’éloges, lorsque Schirouï envoya ce message à Schirin :

Femme astucieuse, magicienne habile dans l’art des enchantements et des maléfices, il n’y a personne d’aussi coupable que toi en Iran ; par tes sortilèges tu captiverais le roi, par tes ruses tu forcerais la lune à descendre du ciel.

Prends garde, ô criminelle, hâte-toi de venir auprès de moi, au lieu de demeurer tranquille et heureuse dans le palais. »

Schirin, émue de ce message, de ces injures qu’elle n’avait pas méritées, répondit :

Qu’il soit privé de puissance et de gloire celui qui a versé le sang de son père !

Je ne verrai jamais, même de loin, un si grand coupable, ni aux jours de deuil, ni aux jours de festin. »

Ensuite elle fit venir un scribe, homme plein de sollicitude, qui rédigea un écrit en pehlewi ; elle dicta ses dernières volontés à ce lettré et elle fit estimer devant lui toutes ses richesses.

Elle gardait dans un coffret’une certaine quantité de poison tel qu’on n’en eût pas trouvé le pareil dans le pays ; elle le cacha sous ses vêtements, fit coudre un linceul sur son corps élancé comme le cyprès et envoya cette réponse à Schirouï :

Ô roi dont le front superbe est orné de la couronne, les paroles que tu m’as adressées sont comme les feuilles balayées par l’orage.

Puisse-t-il être humilié en son cœur l’homme méchant qui se réjouit en entendant parler de sorcellerie.’Si le roi Parmi : avait été de caractère et d’humeur à goûter les sortilèges, il aurait eu dans l’appartement des femmes une magicienne qui aurait pu voir le roi face à face.

Quant à moi, il ne me gardait près de lui que pour le rendre heureux : le soir, lorsqu’il ne pouvait se délivrer de ses chagrins, il me faisait venir de l’appartement doré et ma vue était une consolation pour son âme.

Rougis donc d’avoir prononcé de telles paroles, car le mensonge ne sied pas à un souverain ; pense au Dieu juste, distributeur des biens et ne parle plus ainsi devant personne. »

En recevant ce message, Schirouï, troublé par le langage de cette femme innocente, lui répondit :

Tu ne peux plus te dispenser de venir, ô toi dont l’audace est sans égale en ce monde. »

Cet ordre remplit Schirin d’inquiétude ; elle se tordit de douleur et la pâleur se répandit sur son visage ; elle répondit alors :

Je ne consentirai à paraître devant toi qu’en présence d’une assemblée composée de gens dont tu apprécies la sagesse, l’expérience et la parole éloquente. »

Le roi fit convoquer cinquante sages vieillards, puis il envoya dire à Schirin :

Lève-toi et viens, car c’est assez parler. »

Elle revêtit un costume bleu et noir, et, se dirigeant chez le roi,elle alla droit à la salle de fête de ’Schadegân, où ces nobles Perses à la parole persuasive étaient réunis ; là elle s’assit séparée du roi par un rideau, comme il convient à une femme pudique.

Alors Schirouï lui fit dire :

Deux mois se sont écoulés depuis la perte de Khosrou, sois maintenant ma femme, afin d’être heureuse et de ne pas connaître l’humiliation ; je te traiterai comme le faisait mon père, mieux encore, avec plus de bienveillance et de bonté. »

Schirin répondit z.

Rends-moi d’abord justice et ensuite je serai à toi, je ne ferai plus résistance à tes paroles, à ta. volonté, aux désirs de ton cœur fortuné. »

Schirouï ayant autorisé cette belle princesse à lui faire connaître sa demande, celle-ci, élevant la voix derrière le rideau, continua ainsi :

Ô roi, puisses-tu être victorieux et fortuné !

N’as-tu pas dit que j’étais une méchante femme, une magicienne, dépourvue de loyauté et de droiture ? »

Schirouï répondit :

C’est vrai ; mais les cœurs généreux ne doivent pas s’offenser d’un propos piquant. »

I Schirin, s’adressant alors aux nobles personnages qui étaient réunis dans la salle de Schadegân, leur, demanda :

Avez-vous trouvé dans m’a conduite quelque action blâmable, une noirceur, un mensonge, un fait contraire à la raison ?

Reine de l’Iran pendant de longues années, en toute occasion j’ai prêté mon appui aux hommes de cœur, j’ai toujours recherché la vérité et fui le mensonge.

Beau-coup de gouverneurs ont dû à mon intercession une bonne part des biens de ce monde.

Que celui a qui a vu l’ombre de ma couronne et de ma puissance, que celui qui a vu ou entendu parle, afin que de ses paroles sorte l’évidence complète ! »

Les grands qui étaient en présence du roi firent l’éloge de Schirin et proclamèrent qu’elle n’avait pas d’égale au monde, ni en public, ni en secret.

Schirin continua ainsi : Nobles pleins d’expérience, chefs aux exploits illustres, trois choses font la gloire de la femme qui est l’ornement du trône royal : en premier lieu, elle doit être vertueuse et riche, afin que son époux trouve le bonheur dans sa maison ; en second lieu, il faut qu’elle mette au monde un fils béni qui sera la joie de son père vénéré ; il faut qu’elle soit grande et belle et puisse s’envelopper dans sa chevelure comme dans un vêtement.

Or, lorsque je devins l’épouse de Khosrou, lorsque je fus glorifiée par cette union, le roi revenait du pays de Roum, découragé et triste et n’ayant plus d’abri dans ce pays et pourtant il parvint bientôt à un degré de puissance que le monde n’a jamais connu.

Je donnai naissance à quatre fils qui furent la joie de ce monarque ; Nestour, Schahriar, Feroud et Mardanschah, couronne du ciel azuré ; ni Djemschid, ni Feridoun n’avaient en une telle lignée ; que ma langue devienne muette si je m’éloigne de la vérité ! »

Elle dit, et, écartant ses voiles, son visage apparut beau comme la lune, sa chevelure inonda ses épaules.

En troisième lieu, dit-elle, regarde ce visage et si

N je mens, que ta main se lève pour m’accuser !

Je ’t possédais ce charme secret, cette chevelure que personne n’avait jamais contemplée ; je te révèle tous des secrets de ma magie, il n’y a là ni sortilèges, ni ruses, ni maléfices. »

À la vue de ces cheveux que personne n’avait jamais admirés et dont nul parmi les grands n’avait entendu parler, les vieillards restèrent stupéfaits et leurs lèvres devinrent humides.

Schirouï, en voyant la beauté de Schirin, sentit son âme prête à s’envoler : C’est toi seule que je désire, s’écriait-il ; faire de toi ma compagne, c’est tout ce que je recherche dans l’Iran !

V Cette femme au visage charmant ajouta :

Je n’ai pas encore tout demandé au roi de l’Iran ; j’ai deux autres prières à t’adresser, si tu le permets.

Puisse La royauté être durable ! »

Schirouï lui répondit :

Mon âme n’appartient et tous tes désirs seront exaucés. -Consens, reprit Schirin, à ce que les richesses que j’ai amassées dans ce pays soient désormais ma propriété exclusive, et, en présence de cette illustre assemblée, atteste par écrit sur ce livre que tu renonces à tout ce que je possède sans exception. »

Le roi donna aussitôt son consentement à cette demande.

V Dès que ses prières eurent été accueillies, la reine sortit de la salle de Schadegân, et, laissant les chefs et les nobles Perses, elle retourna chez elle.

Elle affranchit ses esclaves, partagea entre eux ses trésors, distribua le reste de ses biens aux pauvres, en donnant à ses parents une part plus importante.

Elle fit aussi une donation aux temples du feu, pour les fêtes du Nôrouz et du Sedeh et une autre pour la restauration d’un caravansérail en ruines, devenu un repaire de lions ; elle lit tous ces dons en souvenir de Khosrou et pour satisfaire ’âme de ce roi.

Puis elle se rendit dans ce jardin, ôta son voile et s’assit toute pâle et défaite sur le sol ; elle appela alors auprès d’elle ses serviteurs, accueillit chacun d’eux avec bonté et leur dit en élevant la voix :

Que tous ceux d’entre vous dont le cœur est généreux écoutent mes paroles, car vous ne reverrez plus ce visage.

Ne dites que des choses vraies, le mensonge n’est pas permis aux hommes intelligents.

Depuis que j’ai paru devant Khosrou, depuis qu’il m’a mise dans l’appartement doré et que je suis devenue la première des princesses et l’orgueil du roi, me suis-je rendue coupable de quelque faute ?

Gardez-vous bien de répondre avec dissimulation ; à quoi bon la dissimulation à l’égard d’une femme ’ et qui creuse sa tombe ? »

Tous les serviteurs se levant ensemble répondirent :

Illustre princesse des princesses, éloquente, sage, à l’âme sereine, Dieu nous est témoin que jamais personne ne t’a vue et n’a entendu ta voix derrière le rideau.

Depuis l’époque de Houscheng, aucun de ceux qui ont occupé le trône magnifique ne peut t’être comparé. »

Tous les gens de sa maison, ses serviteurs au cœur ambitieux et vigilant s’écrièrent :

Ô reine qui porte haut la tête et que célèbrent la Chine, le Roum et le Tharaz, qui oserait dire du mal de toi ?

Comment aurais-tu fait toi-même le mal ? »

Schirin reprit :

Cet homme aux inclinations mauvaises et qui deviendra le jouet de la sphère céleste, cet homme a tué son père pour s’emparer de sa couronne et de son trône, puissent ses yeux ne plus voir désormais le bonheur !

Cet homme qui se croit peut-être protégé contre la mort parce qu’il a si facilement consenti au meurtre de son père, m’a envoyé un message dont mon cœur est assombri.

En vain, lui ai-je, répondu que le reste de ma vie serait consacré au culte de Dieu créateur du monde, en vain lui ai-je dévoilé toute ma conduite, sa malveillance m’inspire de vives inquiétudes : je crains qu’après ma mort sa langue ne me calomnie devant le peuple. »

Ces paroles leur firent répandre des larmes amères et le souvenir de Parviz leur brûlait le cœur.

Quand les messagers, de retour chez le roi, lui eurent rapporté ce qu’ils avaient entendu de la bouche de cette femme innocente, Schirouï lui fit demander si son cœur généreux avait formé d’autres désirs.

Schirin répondit :

Il me reste un vœu à exprimer, ce sera le dernier.

Fais ouvrir pour moi le tombeau du roi dont je veux encore contempler les traits. »

Je le permets dit Schirouï : qu’on la laisse libre de voir le grand roi. »

Les gardiens ayant ouvert les portes du tombeau, cette femme vertueuse entonna une lamentation funèbre ; elle entra, appliqua son visage contre celui de Khosrou et lui rendit compte de ce qui s’était passé, puis elle avala d’un trait le poison foudroyant qui mit fin à sa douce existence.

Se couchant près du roi, le visage voilé, le corps revêtu d’une robe imprégnée de camphre, elle s’adossa au mur et mourut ; elle mourut et emporta les bénédictions du monde.

Cette nouvelle affligea profondément Schirouî et il craignit de voir un tel spectacle.

Par son ordre, on éleva un autre tombeau, on déposa sur la tête de la morte une couronne de musc et de camphre, puis on referma solidement la porte du tombeau de Khosrou.

Peu de temps après Schirouï but à son tour un breuvage empoisonné, car la mesure était comble pour les rois de la terre.

Né sous une influence funeste, il périt misérablement et laissa à son fils la couronne royale.

Ainsi un prince règne pendant sept mois, et, le huitième mois, il ceint le diadème de camphre !

Si le trône est ce qu’il y a de meilleur en ce monde, une vie éphémère est ce qu’il y a de pire. -Je vais raconter maintenant le règne de Schah Ardeschir, puisqu’il se présente nécessairement dans le cour de ce récit.

Dernière mise à jour : 7 sept. 2021