Bahram Gour

Aventure de Bahram avec un marchand et son apprenti

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La semaine suivante le roi alla de nouveau à la chasse ; il était mal disposé lorsqu’il partit avec le carquois et les flèches ; la plaine était échaudée par un soleil ardent et il revint lentement de la chasse.

En reprenant le chemin de son palais, il avait déjà traversé une partie de la plaine, lorsqu’il arriva à la maison d’un marchand.

Il regarda de tout côté, et, ne voyant aucune autre personne, il dit au marchand :

Peux-tu me recevoir ?

Je ne te donnerai pas de peinem Le marchand le’fit descendre de cheval et alla choisir une place pour le roi.

Bahram soutirait de douleurs d’entrailles ; il donna au marchand quelques dirhems et lui dit :

Fais rôtir un peu de vieux fromage avec des noix d’amande. »

Le marchand n’apporte point ce qu’on lui demandait, car il n’y avait pas d’amandes chez lui ; mais, le soir venu, le maître de la maison vint doucement et apporta une volaille rôtie toute chaude ; il arran-

Gea la table et la plaça devant Bahram.

Le vaillant Bahram lui dit :

Je t’avais’ demandé du vieux iremage, je te l’avais demandé avec instance, mais tu ne m’en as pas apporté, quoique je t’eusse donné de l’argent et que je me plaignisse de maux d’entrailles. »

Le marchand répondit :

Ô homme insensé !

N’as-tu pas assez d’intelligence pour animer ton esprit ?

Puisque j’ai servi ce poulet rôti et chaud, il n’y a pas de discrétion à me demander davantage. »

À ces mots .le roi perdit l’envie d’avoir du vieux fromage ; il se repentit d’avoir parlé, dîna et ne mentionna plus ce qui s’était passé.

Le temps du sommeil arriva et il se mit à dormir sans avoir reparlé au marchand.

Lorsque le soleil sortit de la mer bouillonnante et que le rideau couleur de poix eut disparu, le riche marchand dit à son apprenti :

Ô homme maladroit, pourquoi as-tu acheté plus d’un dirhem une poule qui ne valait pas cela et m’as-tu fait tort ?

Si tu en avais acheté une digne de ce cavalier, je n’aurais pas eu une scène avec lui dans la nuit, ou si tu avais acheté du fromage pour un quart de dirhem, il serait aujourd’hui doux envers moi comme du miel et du lait. »

L’apprenti répondit :

C’est tout un.

Sache que la poule est à mon compte.

Sois aujourd’hui mon hôte, toi et ce cavalier et ne me parle plus de cette poule. »

Cependant Bahram s’était réveillé de son doux sommeil ; il alla auprès MES, de son destrier ardent, qu’il voulait seller pour se rendreà son palais et y élever son diadème jusqu’à Saturne.

Quand l’apprenti vit Bahram. il lui dit :

Tiens aujourd’hui compagnie à ton serviteur. »

Le roi alla se rasseoir sur son lit, très-étonné de ce qui lui arrivait. ’ Le jeune homme partit et rapporta deux cents amandes ; il dit à son patron :

Ô homme respecté, ne reste pas inactif.

Fais chauffer et griller ces noix d’amande et prépare du vieux fromage avec du pain tendre, car c’est la ce qu’il a désire hier.

Apportelui ce mets et arrange une table convenablement»

Il alla auprès de Bahram et lui dit :

Ô cavalier, tu as désiré hier des amandes ; nous allons apporter tout chaud ce que tu as demandé, en attendant que d’autres mets arrivent petit à petit. »

Il parla ainsi, puis se rendit au marché et y fit des achats tout. autres que la veille.

Il demanda du sucre, des amandes, de la volaille et de l’agneau pour faire un dîner complet ; il prit du vin, du safran, du musc et de l’eau de rose et s’en retourna à la maison plein d’impatience.

Il apporta la table couverte de mets délicats ; c’était un jeune homme énergique et de bonne volonté.

Lorsque le dîner fut terminé, il prit des coupes remplies de vin et en présenta la première au roi ; après avoir bu à petits traits, ils vidèrent des coupes successives jusqu’à ce qu’ils fus-- sent pleins de bonheur et de gaieté.

À la fin Bahram»

X a . [l2 A dit à son hôte :

Bahram aura. besoin de moi.

Vous, buvez et enivrez-vous ; ne bougez pas jusqu’à ce que vous ayez montré que vous êtes de vrais adorateurs du vin. »

Il pansa Schebdiz et : le sella, et, en partant pour son palais, il dit, égayé par le vin, au marchand :

Ne te donne pas tant de peine pour le gain, ô homme qui vends trop cher !

Hier tu m’as vendu pour épargner un quart de dirhem, tu as fait baisser de honte les yeux à ton apprenti pour avoir acheté trop cher une poule et tu m’as livré au souffle du dragon. »

À ces mots, il quitta le marchand et courut au palais des rois.

Lorsque le soleil montra sa couronne sur le trône du ciel, le gardien du monde s’assit sur le trône d’ivoire et ordonna au grand chambellan de faire venir le marchand.

On l’amena et avec lui son apprenti ; l’un d’eux était gai et l’autre triste.

Lorsque le roi vit l’apprenti, il le reçut gracieusement, le fit asseoir joyeusement parmi les grands et fit apporter devant lui une caisse. pleine d’or, ce qui rendit son âme sombre brillante comme la lune.

Puis Bahram dit au marchand :

Sache qu’aussi longtemps que tu vivras, tu seras le serviteur de ton apprenti et deux fois par mois tu lui compteras soixante dirhems royaux.

Il exercera l’hospitalité avec ton argent et A réjouira le cœur des hommes généreux. »

Ensuite, il dit au Grand Mobed :

Si le roi n’observait pas ce qui se passe dans le monde, comment saurait-il qui est digne d’être un chef et comment. distingue-rait-il les bons des mauvais ? »

4 Maintenant,ô toi. qui respectes la sagesse, écoute, si tu as du sens, une parole :

Si tu es homme de cœur, ne fais jamais un acte d’avarice, car il est probable que ton propre bonheur en souffrirait.

Dernière mise à jour : 7 sept. 2021