Zohak

Naissance de Feridoun

...

Ainsi passa un long temps pendant lequel l’homme aux serpents était en proie à sa terreur.

Le bienheureux Feridoun fut mis au monde par sa mère et le sort de la terre allait changer.

Feridoun grandit comme un cyprès élancé, il brillait de toute la splendeur de la majesté ; la gloire de Djemschid était sur le futur maître du monde ; il était semblable au soleil lumineux, nécessaire au monde comme la pluie, un ornement pour les esprits comme le savoir.

Au-dessus de sa tête tournaient les sphères du ciel et l’amour les rendait complaisantes pour lui.

En même temps parut la vache Purmajeh (la belle), la plus merveilleuse de toutes les vaches.

Lorsqu’elle fut mise au monde par sa mère, elle ressemblait à un paon et chacun de ses poils brillait d’une couleur différente.

Les sages, les astrologues et les Mobeds se rassemblèrent pour la voir ; car personne dans le monde n’avait jamais vu une vache comme celle-ci, ni n’avait entendu parler de chose semblable par les vieux sages.

Zohak remplissait la terre de bruit, cherchant partout Feridoun, le fils d’Abtin.

La terre devenait étroite pour Abtin ; il s’enfuit, se lassa de la vie et finit par tomber dans les filets du lion.

Quelques-uns des gardes impurs de Zohak le rencontrèrent un jour, le prirent et l’amenèrent lié comme une panthère devant Zohak, qui mit fin à ses jours.

La prudente mère de Feridoun (elle se nommait Firanek, c’était une femme illustre qui brûlait d’amour pour son fils), ayant vu le malheur qui avait frappé son mari, prit la fuite, et, le cœur navré, courut en pleurant au jardin où se trouvait la fameuse vache Purmajeh, dont le corps brillait d’une si grande beauté.

Elle se lamenta devant le gardien de ce jardin et lui dit en inondant son sein de larmes de sang :

Prends cet enfant qui a besoin de lait et donne-lui un asile pendant quelques temps ; reçois-le de sa mère et sers-lui de père ; nourris-le du lait de cette belle vache.

Si tu veux une récompense, ma vie est à toi ; et je te donne mon âme pour garantie de tout ce que tu peux désirer.

Le gardien de la forêt et de la belle vache répondit à Firanek à l’âme pure :

Je serai devant ton fils comme un esclave, je remplirai le devoir que tu m’imposes.

Alors la mère lui confia l’enfant, en lui donnant les conseils les plus convenables.

Pendant trois ans, ce protecteur plein de prudence nourrit l’enfant du lait de la vache, comme aurait fait un père.

Mais Zohak ne se fatiguait pas de sa recherche et le monde se remplissait de discours sur la vache.

Un jour la mère arriva en courant au jardin et dit au protecteur de l’enfant :

Dieu a fait naître dans mon cœur une pensée prudente, il faut que je l’exécute, il n’y a pas de remède ; car cet enfant et ma douce vie ne font qu’un.

Je fuirai ce pays de magiciens, je m’en irai avec mon fils vers l’Hindoustan, je disparaîtrai du milieu de la foule et je le porterai jusqu’au mont Elborz.

Et vite comme un coureur, elle emporta son fils, elle le porta comme une biche sauvage vers la haute montagne, où il se trouva un homme pieux qui ne s’occupait point des affaires de ce monde.

Ô homme à la foi pure, lui dit Firanek, je suis une malheureuse du pays d’Iran.

Sache que cet illustre enfant, qui est le mien, doit être le roi du peuple ; il doit arracher à Zohak la tête et la couronne, il doit jeter sa ceinture sur la terre.

Sois son gardien, sers-lui de père et tremble pour sa vie.

Cet homme pieux prit l’enfant et ne poussa jamais un soupir de déplaisir.

Un jour Zohak eut nouvelle de la forêt, de la vache et du parc et plein de rage il y vint comme un éléphant furieux ; il tua la vache Purmajeh, détruisit tous les animaux qu’il vit dans ce lieu et en fit un désert.

Il se précipita vers la maison de Feridoun et la fouilla soigneusement ; mais n’y trouvant personne, il lança le feu dans le palais et en renversa les hautes murailles.

Dernière mise à jour : 7 sept. 2021