Kobad fils de Khosrou Parviz

Réponse de Khosrou Parviz à Kobad

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Maintenant je vais donner ma réponse à tout cela, pour que vous puissiez la répéter devant tout le peuple ; on se souviendra de moi après ma mort ; alors mes paroles véridiques témoigneront pour moi et quand je t’aurai dévoilé la multitude des fatigues que j’ai supportées, tu comprendras qu’elles aient produit des trésors.

D’abord tu as parlé de Hormuzd, de ses colères contre moi et de ses anciennes passions.

Mon père s’emporte contre moi sur des paroles de calomniateurs et tout fut en confusion.

Lorsque je connus ses soupçons, je quittai l’Iran dans la nuit sombre et par des chemins détournés ; je cherchai ma voie, je me suis enfui et ne me suis pas laissé prendre dans les lacs de l’infortune.

J’étais innocent de ce qu’il soupçonnait, je ne voulais qu’échapper au roi.

Lorsque j’eus entendu dire qu’il était arrivé malheur au roi, j’accourus de Berda aussitôt que mon oreille fut frappée de ces nouvelles.

Bahram, ce criminel, prépara avec son armée, en face de moi, un champ de bataille ; le jour du combat je m’enfuis de nouveau pour ne pas tomber dans ses mains.

Puis je suis revenu et j’ai bravement recommencé la guerre.

Cette lutte ne fut pas décidée d’un seul coup, le monde en a été témoin et lorsque, par l’ordre de Dieu le bienfaisant, le guide dans le bonheur et le malheur, l’Iran et l’Aniran me furent soumis, tous les desseins de Bahram furent mis à néant.

La guerre contre le Djoubineh étant terminée, j’ai vengé avant tout la mort de mon père.

Bendouï et Gustehem étaient les frères de ma mère, ils n’avaient leurs pareils dans aucun pays, ils avaient risqué leur vie pour sauver la mienne, ils m’étaient attachés de cœur et ils étaient mes proches parents ; mais il y avait entre nous le sang de mon père et la douleur de mon cœur et je n’hésitai point à venger mon père.

J’ai fait couper à Bendouï les pieds et les mains, parce qu’il avait privé mon père de la lumière ; Gustehem disparut du monde et choisit pour retraite un coin obscur, mais il fut tué inopinément d’après mes ordres et la fortune s’éloigna de ces meurtriers.

Ensuite tu as parlé de tes propres affaires, de ton étroite prison et de ce qui t’y est arrivé.

Mon but était que mon fils ne pût pas me faire du mal, ce qui aurait attiré des malheurs sur lui-même.

Vous n’étiez pas enchaînés dans cette prison, vous ne subissiez pas d’indignités et n’aviez pas à craindre des dangers.

Je vous ai traités alors sans dureté, j’ai placé devant vous tous mes trésors, nous nous sommes conformés aux usages des rois nos ancêtres, nous n’avons rien fait d’étrange et contre la coutume.

Vous n’étiez privés ni de chasses ni de fêtes avec des musiciens, ni de rien de ce qui convient aux grands, ni d’or, ni de joyaux, ni de guépards, ni de faucons.

C’était un palais qui avait pris le nom de prison et où la vie était une fête.

Quant aux paroles des astrologues sur toi, qui m’ont inspiré la terreur de voir arriver par toi les.

Malheurs actuels, je ne me suis pas dessaisi de cet horoscope, je te l’ai mis sous scellé et j’ai confié à Schirin le document contenant ces paroles.

Lorsque ma royauté eut duré trente-six ans et que sans doute, au milieu de ces jours heureux, tu ne pensais pas à cet horoscope, quoique ma vie s’écoulât, il arriva pour toi une lettre de l’Inde dont j’eus connaissance.

On m’apporte une lettre du plus grand des Radjas, avec des joyaux et des étoiles de toute espèce, une épée indienne, un éléphant blanc et tout ce que j’aurais pu désirer dans ce monde.

Outre cette épée, il y avait des brocarts tissés de : et toutes sortes de pierreries non taillées.

Il y avait aussi une lettre sur satin à ton adresse ; quand j’ai vu cette écriture indienne, j’ai fait appeler un scribe d’origine indienne, discret, éloquent et observateur.

Lorsque l’Hindou eut lu la lettre, ses larmes inondèrent son visage.

On y disait :

Puisses-tu être heucreux, puisses-tu être avec ta couronne d’or un ornement pour la dignité de Khosroês !

Car tu seras le roi maître du monde, lorsque le neuvième du mois d’Ader (septembre) sera arrivé et quand ton père aura régné pendant trente-huit ans ; c’est ainsi que tourneront les astres ; c’est alors que brilleront les temps de bonheur et que tu placeras sur ta tête la couronne royale.

Ces paroles se sont vérifiées pour moi aujourd’hui, mais il ne faut p que le cœur renonce à sa tendresse.

Je savais bien que ta fortune, ton élévation et la splendeur de ton trône ne m’apporteraient que des chagrins et de la douleur et que mes jours brillants seraient obscurcis ; mais, par générosité, par esprit de religion et de famille et par tendresse, je n’ai pas cédé à la colère à cause de cette lettre.

L’ayant lue, je l’ai remise à Schirin et je me suis livré à toutes sortes de réflexions.

Schirin la possède avec ton horoscope et personne n’en sait quoi que ce soit, mais si tu veux la voir, demandela ; il se peut qu’alors tu ne me feras pas un crime de toute chose.

Je crois que, l’ayant vue, tu te repentiras et que tu chercheras un remède à ces douleurs.

Ensuite tu as parlé des prisons et des fers, comme si quelqu’un avait eu à souffrir de moi.

Telle a été la loi du monde depuis qu’il existe et celle des grands, des rois nobles et des princes.

Si tu ne le sais pas, interroge ton Mobed et il calmera ton esprit sur ce point.

C’est mal de laisser en vie dans le monde quiconque est ennemi de Dieu.

Il n’y avait dans mes prisons que des Divs avérés, contre lesquels les hommes de bien avaient élevé des clameurs.

Ma coutume n’étant pas de verser le sang ni d’insister sur des rigueurs extrêmes, j’enfermais les méchants dans les prisons et ne laissais pas passer comme chose indifférente leurs méfaits contre les hommes.

Maintenant j’apprends que tu as relâché ces hommes qui sont pires que des dragons ; c’est une mauvaise chose ; de la sorte tu as péché contre Dieu et tes paroles et tes actes ont été mauvais.

Puisque tu es devenu le maître, agis prudemment et si tu ne connais pas une affaire, consulte un homme qui la sait.

Ne pardonne pas à tous ceux qui t’offensent, quand même tu pourrais espérer en tirer des trésors.

Pour tout homme que tu ne vois commettre que des méfaits qu’y a-t-il de mieux que les fers ?

Ensuite, quant aux richesses dont tu me parles, tu n’as pas fait preuve d’intelligence et tu as caché ton bon sens.

Je n’ai demandé à personne que les tributs et les redevances exigibles ; et si quelqu’un, après les avoir payés’, restait riche et puissant, alors même que tout le monde me disait que c’était un ennemi, un méchant et de la race d’Ahriman, je laissais passer avec dédain ces paroles, car je pensais aux ordres de Dieu.

C’est de Dieu que javais reçu cette couronne et ce trône qui m’ont causé tant de peines.

Le Créateur du monde, le maître de la justice et de la droiture, a voulu que mon sort changeât, je ne me plains pas de sa volonté et je ne demande pas à m’agrandir quand il me diminue.

J’avais cherché à contenter le distributeur de la justice, mes efforts n’ont pas prévalu contre sa décision.

Quand le Créateur m’interrogera, je lui dirai tout ce qui est manifeste et ce qui est caché ; or celui qui m’interrogera est plus savant que toi et plus puissant pour le bonheur et le malheur.

Tous ces malfaiteurs qui t’entourent ne sont ni tes amis ni tes parents et quoi que cette troupe puisse dire contre moi, elle te sera hostile à ton tour.

Ils ne sont que les esclaves de l’or et de l’argent et tu ne trouveras pas parmi eux un homme secourable.

Ils remplissent ton cœur d’une corruption qui est comme un filtre de mes péchés (en comparaison de laquelle mes fautes sont comme épurées) ; mais ton intelligence ne pourra comprendre mes paroles et l’âme des malfaiteurs qui t’entourent ne les goûtera pas.

Néanmoins, cette lettre en pehlewi sera un souvenir de moi en face de mes ennemis qui la liront, elle sera une consolation pour les hommes de sens et tous ceux qui, après ma mort, liront ces paroles, connaîtront les plans que j’ai poursuivis.

J’ai amené des armées de Berthas et de la Chine, j’ai établi partout mes Sipehdars, j’ai envahi les pays de mes ennemis et personne n’osait plus lever la tête.

Lorsque mes ennemis furent dispersés partout, j’ai rempli tous mes trésors ; tous les pays travaillaient pour moi, on tirait de la mer pour moi tant de perles que les mariniers se lassaient du travail ; les plaines, les mers et les montagnes étaient à moi.

Quand mon trésor d’argent était épuisé, je remplissais les caisses de pièces d’or neuves, de !t rubis, de pierreries dignes d’un roi, d’étoiles et d’appareils de guerre.

Quand j’eus porté le diadème pendant vingt-six ans, mes trésors débordaient de choses précieuses.

Dans chaque caisse il y avait douze mille dinars et je ne dépensais que des dinars royaux.

Les Peidawesi étaient dépensés et dispersés, toutes les bourses de cuir de Peîdawesi perses étaient épuisées ; cette année là, je cherchais le chiffre de l’impôt : il s’élevait à cent fois cent mille dinars.

Alors je fis faire un nouveau coin pour des dirhems et me livrai à la joie et à la magnificence.

Que de tributs et de redevances de l’Inde, que de tributs du Roum et du pays des magiciens !

Que de présents et de tributs de tous pays, de chaque grand et de chaque prince !

Que d’offrandes coutumières aux fêtes du nouvel an et de l’automne, que de chevaux et d’esclaves au beau visage !

Que de cuirasses et de casques, que de massues et d’épées furent distribuées librement et à tous !

Que de musc et de camphre, que de fourrures de castor, d’hermine noire et blanche et de martre brune !

Quiconque était mon sujet chargeait ses chameaux des objets de ce genre et accourait à ma cour ; personne n’osait se soustraire à mes volontés.

J’ai travaillé longtemps et de toute manière pour remplir ainsi un trésor ; j’ai souvent discuté sur le nom à lui donner, à la fin, je l’ai appelé Badaver ; un autre de mes trésors est le Khazrâ, un autre le trésor de la fiancée, que j’ai fondé pour les jours de malheur.

C’est ainsi que depuis la vingt-sixième année de mon règne jusqu’à la trente-huitième, le ciel n’a tourné que selon mes désirs ; tous les grands jouissaient de la sécurité, tous mes ennemis tremblaient.

Maintenant on me dit que tu es le maître :

je cois que le monde est perdu par l’obéissance qu’il t’a jurée.

Il ne restera pas de joie dans le monde, on ne pourra plus que se taire.

Tu rempliras la terre de malheurs, tout sera douloureux et rien ne réussira.

Et les malfaiteurs qui t’entourent, qui sont les guides dans les nuits noires, détruiront ton trône, de sorte que tu ne seras jamais heureux dans le monde.

Si tu avais auprès de toi un homme de sens qui sût éclairer ton âme ténébreuse, il n’y aurait aucun mal à faire des largesses, car tes trésors arriveraient aux hommes de valeur.

O mon fils, toi dont la vie est courte et la raison faible, ton âme sera privée de toute joie par les soucis.

Sache que ces trésors que j’ai accumulés sont ton soutien et que maintenant ton sort est entièrement dans ta main.

Le trésor est le moyen d’exercer la royauté et le monde sans argent est perdu ; un roi pauvre devient injuste ; quand il a la main vide, il n’a ni sens ni moyen d’action ; s’il n’a pas le pouvoir de faire des largesses, il est pour les grands un objet de dérision et non plus un roi.

Si ton trésor est saisi

Par tes ennemis, si toutes les idoles tombent entre les mains des Brahmanes, les croyants se détourneront de Dieu et couvriront d’opprobres ton nom et ta mémoire.

Si tu n’as pas de trésor, tu ne trouveras pas d’armée et tes sujets ne t’appelleront plus roi.

Un chien qui demande du pain est docile, mais quand tu l’auras rassasié il deviendra l’ennemi de ta vie.

Ensuite tu as parlé de mes armées que j’ai placées sur les grandes routes des provinces et tu blâmes cela par ignorance, ne sachant pas ce qui conduit au gain ou à la perte.

Voici ma réponse :

C’est par mes efforts que mes grands trésors se sont formés.

J’ai enlevé des villes aux étrangers, j’ai battu tous mes ennemis.

Pour pouvoir rester en sécurité sur le trône des délices, sans avoir de soucis, j’ai réparti mes cavaliers sur les frontières et alors on a pu distinguer les hommes de valeur de ceux qui n’enont pas.

Puisque tu rappelles les armées de partout, les ennemis verront la route ouverte.

Or l’Iran est comme un jardin au gai printemps, où fleurissent toujours les roses du maître, un jardin plein de narcisses, de grenades, de pommes et de coings ; mais dès que le verger est abandonné, on arrache toutes les marjolaines, on brise les branches du grenadier et du cognassier.

C’est l’armée et les armes qui en sont les murs et les lances sur les créneaux en sont les épines ; or si tu abats follement le mur du jardin, quelle différence y a-t-il entre un jardin et le désert, ou la mer ou la montagne ?

Prends donc garde de ne pas détruire ton mur ni de briser le cœur et le dos des Iraniens, car alors viendraient le pillage et les incursions, les cris des cavaliers et les vengeances ; ne jette pas dans les dangers les femmes, les enfants et l’Iran, car lorsqu’une année aura passé ainsi sur toi, il n’y aura que les fous qui t’appelleront sage.

J’entends dire que tu confies de grands emplois à des hommes qui ne les méritent pas.

Sache que Nouschirwan, fils de Kobad, a dit dans son testament :

Quiconque donne des armes à son ennemi se livre lui-même à la mort, car quand il redemandera les armes dont il a besoin, son ennemi lui livrera bataille.

Ensuite, en parlant du Kaïsar, tu m’appelles un traître et un égoïste.

Tu ne peux pas te rappeler cette histoire et tes paroles n’expriment que ce qu’on t’a enseigné, que c’est lui qui a été loyal et que moi j’ai été injuste, car comment pourrais-tu par toi-même distinguer entre la loyauté et l’injustice ?

Voici ma réponse, ô homme de peu de sens !

Je ne dirai que ce qui va au but ; mais tu es plaignant et tu veux être témoin en même temps, ce n’est pas ce que les hommes intelligents peuvent admettre.

Lorsque le Kaïsar eut lavé ses joues

Dela poussière du malheur, il choisit pour sa bravoure un gendre comme Parviz.

Quiconque ne foule pas la terre en mauvaises intentions, quiconque a de l’intelligence dans son cerveau sait que Bahram avait pris les armes et que les Iraniens s’étaient unis à lui et que ce n’est pas l’armée des Roumis qui l’a défait, car le sable mouvant ne peut rien contre le rocher, mais que c’est àmoi que Dieu est venu en aide dans cette lutte et que c’est par moi que cette armée maîtresse du monde a succombé.

Les Iraniens ont entepflu ce qui s’est passé alors et tu dois l’entendre d’eux à ton tour.

Quant à moi, ce que je devais faire envers Neïathous au jour du combat, je l’ai fait avec bonté et avec humanité et je lui ai compté ce jour dans les récompenses, comme Farrukhzad peut te l’attester ; mais il ne faut pas regarder le monde avec les yeux d’un jeune homme.

Guschasp, qui a été mon trésorier et le saint Mobed qui a été mon Destour te diront de même que j’ai donné à ces Roumis en souvenir de moi trois mille caisses d’or de mon trésor ; j’ai donné à Neïathous mille boules de rubis, propres à entrer dans des boucles d’oreilles et dont chacune valait, selon mes comptes, mille mithltals royaux.

J’ai ajouté à cela mille robes de brocart de Chine, dont cinq étaient en drap d’or brodé de pierreries et pour chacune desquelles l’acheteur le plus prudent aurait payé cent mille dirhems ; puis cent perles de belle eau, auxquelles un connaisseur n’aurait pas trouvé de défaut et qu’un joaillier aurait payées trente mille dirhems chacune ; enfin cent chevaux magnifiques, choisis dans mes écuries et dont cinquante portaient des selles et tous les autres des housses de brocart, des chevaux qui, dans le désert, rivalisaient avec le vent ; j’ai envoyé tout cela au Kaïsar et j’ai accompagné ces présents de mes bénédictions.

Ensuite tu parles de la croix du Messie, de ce vieux morceau de bois déposé dans mon trésor, qui ne me servait ni ne nuisait et dont les Chrétiens ont fait du bruit auprès de toi.

J’ai été étonné qu’un homme comme le Kaïsar, un homme fier et vaillant et entouré de gens intelligents, tous philosophes et Mobeds, appelle Dieu cet homme qui a été mis à mort, ou ce morceau de bois sec et pourri.

Si cette vile croix était Dieu, elle aurait brillé sur la tête de la lune comme un Jupiter, elle aurait disparu de mon trésor d’elle-même, comme le Messie est parti et elle ne serait pas restée sur la terre.

Ensuite tu me dis de demander pardon, de me repentir et de chercher la voie de Dieu.

Voici ma réponse :

Puissent la langue et les lèvres, les mains et les pieds de Kobad dépérir !

C’est Dieu qui a placé la couronne sur ma tête, je l’ai reçue et en ai été heureux ; quand il me l’a redemandée, je vu. 3 la lui ai rendue et je ne sais pas pourquoi tu as une langue dans ta bouche.

Je le déclare à Dieu et non pas à un enfant qui ne distingue pas entre le bien et le mal : j’ai toujours approuvé ce que Dieu a fait, quoique j’aie vu bien des jours de détresse et d’amertume.

J’ai gardé la royauté pendant trente-huit ans et aucun roi n’a été mon égal : celui qui me l’a donnée peut me donner autre et chose, mais il ne m’imposera pas d’actions de grâce pour cela.

Je célèbre la gloire de cette royauté ; puisse le monde être heureux sous le règne d’un monarque sage !

Puisque Dieu est mon soutien et !

Mon protecteur, personne n’osera maintenant proférer contre moi des malédictions.

Dites à cet enfant irritable et ignorant que ma gloire est ternie, que je lui adresse un adieu éternel et que je désire n’avoir plus affaire qu’aux sages.

Et vous, ses envoyés respectés, vous Perses éloquents et nobles, je prends aussi congé de vous deux et vous prie de ne dire que ce que vous avez entendu de ma bouche.

Je bénis le monde entier, que je n’ai jamais regardé que comme un lieu de passage.

Quiconque est né d’une mère mourra et quand tu bois à la santé de quelqu’un, pense à Khosrou.

Houscheng et Thahmouras, qui remplissaient la terre de crainte et d’espérance, sont morts et leemschid, auquel obéissaient les Divs et les bêtes fauves, a vu finir sa longue vie.

Le glorieux !

Feridoun, qui a délivré le monde du mal apparent et secret, qui a lié les mains du malfaisant Zohak l’Arabe, n’a pu échapper par sa bravoure à la griffe de la mort.

Arisch, qui lançait une flèche à la distance d’un farsang ; Karen, le héros victorieux, le vainqueur des lions ; Keïkobad, qui sortant du mont Albourz se rendit par sa bravoure maître du monde avec son armée, lui qui a construit une maison en miroirs, une maison célèbre dans le monde, tout ornée de figures en perles de belle eau et dont la porte était en rubis brillants ; Siawusch, ce lion glorieux qui, dans ses jours de jeunesse, a tué deux tigres, qui a rendu Guengdiz habitable, mais avec tant de peine, avec une peine entièrement perdue;fiils sont tous morts.

Où sont Rustem, Zal et Isfendiar ?

Il ne reste d’eux d’autre souvenir que mes paroles.

Gouderz et ses soixante-dix fils illustres, cavaliers sur le Meïdan et lions dans le combat ; Guschtasp, le roi qui a adopté la vraie loi et règne glorieusement ; Djamasp, l’astronome plus brillant que le soleil qui tourne ; ces hommes puissants et savants, ces cavaliers vaillants et lettrés qui étaient plus méritants les uns que les autres et se disputaient la palme de la vieillesse, ils ont tous quitté ce monde immense, ils ont abandonné leurs salles d’audience, leurs Meïdans et leurs palais.

Je n’ai pas en de pareil parmi les rois, quoique je n’aie pas atteint l’âge de quelques-uns.

J’ai foulé la terre dans le bonheur et le malheur,je ne me suis jamais laissé accabler par la mauvaise fortune, j’ai passé par bien des routes difficiles, j’ai repoussé de mon chemin bien des ennemis.

Tous les pays sont remplis de mes trésors, partout où il y a de l’eau et de la terre sont les fruits de mes travaux.

Mais maintenant que le monde finit ainsi pour moi, tout espoir des grands est assombri et la couronne ne restera pas à mon fils, il perdra le trône et sa fortune périra.

Il viendra un ange pour recueillir mon âme et je lui dirai de la prendre doucement.

Le repentir rassérénera mon cœur sincère et le sentiment de n’avoir fait du mal à personne sera mon bouclier.

Quand il faudra passer par le pont de Djinever, il sera tout en rose sous mes pieds.

Les savants, les hommes pleins d’expérience et les sages, tous disent avec raison que lorsque la fortune qui a veillé sur nous touche à son déclin, il faut s’attendre à voir des terreurs de toute espèce ; insensé serait celui qui voudrait ret : tenir le jour du pouvoir qui s’en va.

Tel est mon message au monde, aux grands et aux petits ; et vous, acceptez mes adieux, soyez heureux et ne pensez pas à moi en mal.

Lorsque Aschtad et le vaillant Kharrad, fils de Berzin, eurent entendu ce message de leur ancien maître, message qui perçait leurs cœurs comme :

avec la pointe d’une lance, ils se couvrirent le visage des deux mains ; ils furent honteux de ce qu’ils avaient dit, ils se frappèrent les joues avec leurs mains, ils déchirèrent les vêtements qui couvraient leur poitrine et ces deux hommes sages répandirent de la poussière sur leur tête.

Ils quittèrent le roi en versant des larmes, le cœur plein de douleur, la tête pleine de chagrin.

Ces deux messagers arrivèrent auprès de Schirouï, le visage sillonné de rides, le cœur rempli de douleur et s’acquittèrent point par point, auprès de cet homme sans cervelle et sans intelligence, du message du roi.

Schirouï les écouta en versant des larmes abondantes et son cœur eut peur de la couronne et du trône.

Lorsque ces hommes qui l’avaient terrifié et avaient brûlé le foie de (épouvanté) ce jeune homme par leurs paroles injurieuses et leur crainte de le voir verser le sang de son père, furent partis, Kobad descendit du trône royal et plaça sa tête dans ses deux nobles mains.

Il s’abstenait de manger, il ne pouvait dormir d’inquiétude ; l’angoisse que lui inspirait Khosrou remplissait de larmes ses deux yeux et le sang coulait de ses cils sur sa poitrine.

Cependant les troupes apprirent tout cela, elles apprirent les lamentations et la détresse du roi et en furent effrayées ; elles se rassemblèrent dans un même lieu et se mirent à parler de Khosrou et à dire que si jamais Parviz remontait sur le trône, les

Chefs de l’armée périraient tous sur le gibet.

Lorsque le soleil leva la tête au-dessus des montagnes noires, les mécontents se réveillèrent de leur sommeil et se rendirent tous à la porte du palais.

Schirouï le sut et monta sur son trône ; les tiers héros, tant de sa famille qu’étrangers, entrèrent auprès de lui et s’as vsirent la mine sombre et sans prononcer un mot sur quoi que ce fût.

Schirouï comprit pourquoi ces hommes, assis avec un maintien si sombre, étaient soucieux et chagrins ; : il leur dit :

Un roi qui a pour soutien Dieu, le nourricier du monde et qui ne serait pas ému des peines dont soutire son père, je ne pourrais l’appeler qu’un homme méchant et sans honneur, et personne ne voudrait mettre en lui son espoir, car il serait plus pourri qu’un morceau de bois de saule pourri. »

Ces hommes coupables lui répondirent :

Si un homme dit qu’il reconnaît deux rois, appelle-le insensé dans ton cœur et sache qu’il est infâme, de si noble race qu’il vienne. »

Schirouï répliqua :

Le roi ne trouvera pas d’armée, puisqu’il n’a plus de trésors.

Parlons-lui doucement pendant un mois encore, ne lui disons rien des moyens de rigueur ; il se peut que nous soyons heureux de recevoir ses instructions, car ce pays est rempli de trésors qu’il peut nous indiquer. »

Ayant reçu cette réponse, les chefs de l’armée se levèrent et s’en retournèrent à leurs palais.

Le roi Schirouï dit alors à ses cuisiniers :

Il ne faut rien refuser à Khosrou.

Placez devant lui des tables d’or, offrez-lui des mets doux et délicats. »

Les serviteurs les portèrent à Khosrou, mais il ne toucha à rien de ce qu’il voyait sur les tables, ni au froid ni au chaud ; tout ce qu’il mangeait lui venait de la main de Schirin, qui soupçonnait les mets qu’on lui donnait.

Dernière mise à jour : 7 sept. 2021