Keï Khosrou

Piran demande des secours à Afrasiab

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Cela fait, Piran envoya à l’heure du sommeil un messager vers Afrasiab, un messager vieux, sage et de bon conseil, un héros plein d’éloquence, un cavalier plein de courage ; il lui dit :

Va et répète au roi du Touran ces paroles :

Ô roi dispensateur de la justice et avide de renom !

Depuis que la voûte du cieljtourne au-dessus de la terre sombre, jamais roi semblable à toi n’a occupé le trône, jamais la à ? !

Gloire de la royauté ne s’est ainsi attachée à d’autres qu’à toi ; nul autre n’est digne du trône, du diadème, de la ceinture et de la fortune des rois et le maître du monde réduira en poussière la tête de quiconque osera t’affronter au jour du combat.

Mais moi je suis un esclave coupable envers toi et je me suis écarté de tes ordres pleins de prévoyance.

Le roi m’en a voulu d’avoir laissé échapper Keï Khosrou, mais je ne crois pas qu’il y eût de ma faute . »

Car’c’était l’ordre de Dieu : qui est arrivé devait arriver et il ne servirait à rien d’en parler plus

-au long.

Si le roi trouve que je suis innocent, il délivrera mon cou de ce fardeau et viendra à mon aide.J’ai à faire connaître au roi ce que la rotation du ciel a amené sur la tête de son esclave.

J’ai conduit mon armée dans le mont Kenabed et nous avons coupé le chemin aux Iraniens.

De l’autre côté s’est avancée une grande armée ayant Gouderz et d’autres chefs à sa tête ; jamais, depuis le temps du roi ll’linoutchehr, une armée plus nombreuse n’est entrée dans le Touran.

Ils se sont établis à Beibed et ont occupé la montagne ; pendant trois jours et trois nuits les deux armées sont restées en présence, semblables à des léopards.

Je n’ai pas voulu livrer bataille dans ce lieu, car j’espérais que les Iraniens descendraient dans la plaine ; ets’ils avaient quitté la montagne, les têtes de leurs Pehlewans tombaient.

Mais le Sipehdar de l’Iran ne s’est pas

2 avancé étourdiment et n’a pas amené son armée dans la plaine.

Alors mon frère Houman le conquérant du monde a commencé de bouillonner de rage contre cette armée, il s’est appproché d’elle pour la défier ; je ne sais quelle idée s’était emparée de cet homme au cœur de lion.

Le fils de Guiv s’est présenté pour se mesurer avec le vaillant Houman et lui a livré un combat.

Houman a été tué par la main d’un Bijen encore ayant et l’angoisse que j’en ai éprouvée m’a rendu comme insensé.

Qui aurait jamais cru qu’un grand cyprès pût être renversé par l’herbe du jardin ?

Le cœur des grands a été brisé, toute notre joie s’est convertie en douleur.

Ensuite l’illustre Nestihen m’a quitté à l’aube du jour avec dix mille cavaliers éprouvés dans les combats et le vaillant Bijen lui a aussi donné la mort.

Dans la douleur de mon cœur, j’ai conduit mes braves sur le champ de bataille en poussant des cris de rage ; et les deux armées se sont livré un grand combat, jusqu’à ce que la nuit soit descendue de la montagne.

Neuf cents d’entre les héros du roi gisaient alors sur la terre ayant leurs têtes tranchées ; deux tiers des braves de notre armée ne pouvaient plus combattre, carleur cœur était blessé par la douleur, leur corps déchiré par l’épée ; et les Iraniens avaient le dessus et restaient ceints pour de nouveaux combats.

Cela m’inspire la crainte que le ciel qui tourne ne nous retire toutes ses faveurs.

H3 De plus j’ai appris une mauvaise nouvelle et n mon esprit en est tout étourdi : j’ai entendu dire que Keï Khosrou va arriver ici avec une armée pour soutenir son Sipehbed.

S’il est vrai que Khosrou se dirige vers nous, alors, ô roi des rois, sache que je ne puis pas lui livrer bataille ; à moins que tu ne t’avances toi-même vers l’Iran avec une armée avide de vengeance, que tu ne te détermines à détourner ce malheur des Touraniens, que tu ne te ceignes pour le combat.

Sinon l’armée de l’Iran nous détruira et tu te trouveras sans défenseurs. »

Le messager ayant entendu ces paroles de Piran, s’élança comme un ouragan, monta sur un cheval aux pieds de vent, sur un puissant coursier qui a ressemblait à une flamme.

Il courut d’un trait jusqu’à la cour d’Afrasiab, sans respirer, sans se reposer, sans dormir en route.

Il entra chez le roi, rapide comme le vent, baisa le trône et s’acquitta de son message.

Afrasiab écouta les paroles que lui faisait dire Piran ; la douleur fit gonfler son cœur de sang et ses joues pâlirent.

Cet homme au cœur de pierre s’assit dans son angoisse, affligé du sort de ceux qui étaient tombés et de la destruction dont menaçaient son pays des armées qui s’avançaient de toutes parts, des armées qui accouraient partout au combat et qui répandaient la terreur dans le monde enlier.

Après avoir écouté le message de Piran ., il fit réflexion qu’il avait encore partout des armées debout ; il remercia

HA le messager et témoigna sa joie, car l’espoir reprenaît le dessus dans son cœur.

Il fit préparer au messager un appartement dans le palais et passa la nuit à tenir conseil.

Dès l’aube du jour il mit sa couronne sur sa tête et lit ouvrir sa porte au messager.

Dernière mise à jour : 7 sept. 2021