Keï Khosrou

Lohrasp apprend la disparition de Keï Khosrou

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Lorsque Lohrasp eut appris le sort du roi, l’armée se rendit de son camp auprès de lui.

Il s’assit sur le trône avec sa couronne d’or et les héros arrivèrent avec leurs ceintures d’or ; tous les hommes importants, les plus illustres parmi les grands s’assirent devant lui, Lohrasp les regarda ; se leva et leur adressa avec bienveillance des paroles vraies en disant à haute voix :

Ô chefs de l’armée, vous qui avez entendu tous les conseils et les dernières volontés du roi, quiconque n’accepte pas volontiers mon règne oublie les avis de Khosrou.

Tout ce qu’il m’a dit et enjoint, je l’exécuterai ; je ferai mes efforts pour le bien, je suivrai ses ordres ; et vous aussi, ne refusez pas d’obéir à ses dernières volontés et n’ayez pas de secret pour moi.

Quiconque ne répète pas souvent les recommandations d’un roi mourant est criminel envers Dieu ; tout ce que vous savez de bon et de mauvais, il faut tout me confier. »

Le fils de Sam lui répondit :

Khosrou t’a donné le titre de roi ; je me suis soumis à ses conseils et à sa volonté et je ne m’en écarterai pas.

Tu es roi et nous tous sommes tes sujets ; nous ne désobéirons pas à ce que tu désires et ordonnes ; moi et Rustem et tout ce qui vit dans le Kaboul, nous ne cesserons de t’être dévoués et quiconque ne marche pas dans cette voie ne sera jamais heureux. »

Lohrasp, ayant entendu ces paroles, le remercia et respira plus librement ; il lui dit :

Puissent votre justice et votre droiture vous préserver de tout mal et de toute diminution de votre fortune !

Car Dieu vous a créés tels, que les soucis et les malheurs doivent vous rester inconnus.

Le maître du monde, dont l’étoile était fortunée, dont les jours étaient heureux, vous a donné le Nimrouz ; maintenant j’y ajoute le gouvernement de tous les pays dont vous voudrez vous charger.

Je n’ai pas à partager avec vous des trésors ; car moi, ma famille, mon empire, tout est à vous. »

Ensuite, il dit à Gouderz :

Ô Pehlewan du monde !

Dis-moi les secrets que cache ton cœur. »

Gouderz lui répondit :

Je suis désormais un homme seul, j’ai perdu Guiv, Rehham et Bijen. »

Le souvenir de la perte de sa famille l’émut et il dit en se lamentant et en poussant des cris :

Ô Guiv, héros au corps d’airain ! Ô ’Bijen, qui ambitionnais la possession du monde, vainqueur des lions ! »

Il le dit et déchira de la tête aux pieds sa robe de soie de Chine et sa tunique de brocart de Roum.

Ensuite le vieux Gouderz ajouta en s’adressant aux nobles :

Heureux celui dont la tombe est la compagne !

J’approuve, tout ce que le Destan a dit ; je n’ai pas un secret devant lui.

Tu es le roi et nous tous sommes tes sujets ; nous ne nous écarterons pas du traité qui nous lie et de l’obéissance envers toi. »

Tous les grands rendirent hommage au roi et placèrent leur front humblement sur la terre.

Le cœur de Lohrasp rajeunit sous leurs paroles, sa taille se releva et sa stature grandit.

Il choisit un jour fortuné pour placer sur sa tête la couronne de la royauté ; et comme Feridoun, de naissance illustre, avait posé la couronne sur sa tête le jour de Mihrgan, ce jour béni du mois de Mihr où le soleil atteint le milieu du ciel, lui aussi para ce jour la salle d’audience des rois et fit briller l’Iran d’une nouvelle splendeur.

Tel est le monde, tantôt il élève, tantôt il rabaisse ; il guide l’un, il précipite l’autre et ne laisse à personne le droit de lui imposer ce qu’il fera, ni la manière, ni la durée de son action.

Puisque j’ai terminé la vie de Khosrou, je me tourne vers Lohrasp, je vais m’occuper de sa couronne et de sa royauté ; je vais le placer sur son trône, par la permission d’un grand roi victorieux, de qui dépendent l’espérance, la crainte et la ruine, qui remplit de bonheur le cœur de ses amis et détruit les méchants.

Telles sont la coutume et la nature du monde ; il tourne de celui-ci vers celui-là et de celui-là vers celui-ci.

Quand une âme est rouillée par le malheur, le vieux vin enlève cette rouille ; quand la vieillesse surprend un homme, le vieux vin le rajeunit.

Par le vin apparaissent les qualités de l’homme, c’est lui qui est la clef d’un cœur fermé.

Quand un poltron le boit, il devient un héros ; quand un renard le boit, il devient un lion dévorant ; quand un malheureux le boit, il devient joyeux et ses joues brillent comme la fleur du grenadier ; quiconque en prend en main une coupe ne veut plus que des fêtes et des flûtes et des rebecs.

Mais à moi tu me demandes des histoires anciennes sur les paroles et les hauts faits de ces hommes de bien :

écoute donc ce que raconte un vieux Dihkan et rappelle-toi toutes ses paroles.

Dernière mise à jour : 25 sept. 2021