Keï Khosrou

Les Iraniens se retirent sur le mont Hemawen

...

Ils se retirèrent tous du combat, le cœur brisé par la perte de leurs parents, la tête remplie de honte.

Dans ce moment la lune montra sa face au-dessus de la montagne, semblable à un roi victorieux sur un trône de turquoises.

Le Sipehdar Piran rassembla ses troupes et leur dit :

Il reste encore beaucoup d’Iraniens ;

Mais aussitôt que l’hyacinthe jaune versera ses flots de lumière sur l’horizon azuré, nous tuerons ceux qui ont survécu, nous désolerons par leur mort le cœur du roi de l’Iran.

Les Touraniens s’en retournèrent joyeusement et s’assirent devant leurs tentes, où le son des luths et des rebecs les tint éveillés toute la nuit.

De l’autre côté étaient les Iraniens accablés de tristesse, les pères se lamentant et pleurant leurs fils.

La plaine était couverte de blessés et de morts, le sol était inondé du sang des puissants de la terre.

Un grand nombre de pieds et de mains couvraient partout le champ de carnage, de sorte qu’on ne savait comment se mouvoir.

Pendant toute la nuit les Iraniens relevèrent les blessés et quand c’étaient des inconnus, ils les abandonnaient avec indifférence ;

Ils allumaient du feu au-dessus des morts, pansaient les blessés et cousaient leurs plaies.

Parmi les membres de la famille de Gouderz les uns étaient blessés, les autres morts, les autres captifs : lorsqu’on le dit à Gouderz, il poussa un cri ;

La terre trembla sous les sabots des chevaux, tous les grands déchirèrent leurs robes et Gouderz répandit de la poussière sur sa tête, en disant :

Jamais vieillard n’a éprouvé de malheur pareil au mien !

Pourquoi faut-il que je survive tout décrépit à ces enfants étendus par terre ?

Depuis que je suis né, jamais ma cuirasse ne m’a quitté ;

Et mes fils et mes petits-fils m’ont toujours accompagné quand je suis allé à la guerre avec les héros et mes cavaliers.

Déjà dans la première guerre contre le Touran presque personne de ma race n’a survécu pour le jour de la vengeance ;

J’y ai perdu mon fils Bahram et notre soleil parait s’être éteint avec lui ;

Et maintenant je vois tuer au milieu de cette armée et sous mes yeux un si grand nombre de mes autres fils !

Lorsque Thous apprit les pertes de Gouderz, ses yeux se remplirent de sang et ses joues devinrent rouges comme la sandaraque.

Il poussa des cris de douleur et inonda sa poitrine de larmes de sang, eu disant :

Oh !

Plût à Dieu que Newder le saint n’eût jamais planté les racines de ma vie dans le verger de l’existence, pour que je n’eusse pas à subir tant de peines, d’anxiétés et de douleurs et le deuil des morts et l’angoisse du jour du combat !

Depuis que j’ai ceint l’épée pour la première fois, mon cœur n’a cessé de saigner, quoique j’aie conservé la vie.

Maintenant recouvrez de terre les morts dans un endroit creux et placez les têtes tranchées auprès des troncs ;

Ensuite transportez les bagages sur le mont Hemawen et nous partirons avec toute l’armée pour dresser nos tentes sur la montagne.

J’expédie au roi un messager monté sur un dromadaire ;

Son cœur s’enflammera et il nous enverra du secours.

Déjà j’ai fait partir un cavalier pour lui porter des nouvelles et j’espère qu’il aura ordonné à Rustem fils de Zal de se rendre avec une armée sur le siège de la guerre.

Il fit monter ses troupes à cheval et charger les bagages, ne cessant de parler de ceux qui étaient morts.

Dernière mise à jour : 7 sept. 2021