Khosrou Parviz

Khosrou monte sur le trône et demande pardon à son père

...

Lorsque Khosrou s’assit sur le trône d’or, tous les hommes de valeur se présentèrent devant lui ; on appela tous les grands et ils répandirent des joyaux sur cette couronne nouvelle.

Il dit au Grand Mobed :

Cette couronne et ce trône n’arrivent entre les mains que d’un homme favorisé parla fortune.

Puisse-je agir toujours avec droiture !

Car l’injustice amène la perte.

Mes intentions envers tous sont droites et il n’y a pas d’injustice dans ma tête.

C’est de Dieu que j’ai reçu ce trône nouveau et cette belle et haute fortune nouvelle.

Préparez vos cœurs à l’obéissance et promettez-moi de vous abstenir en toute occasion de trois choses : de faire du mal à un homme vertueux, ensuite de vous révolter contre le roi, enfin de toucher au bien de qui que ce soit, car la douleur que cet homme éprouve atteindra celui qui l’a désolé dans un temps quelconque et qui a vendu son âme pour un bien sans valeur.

Il faut donc maintenant renoncer à tout cela et suivre la route de la droiture.

Ensuite la raison doit rechercher tout ce qui convient à l’esprit d’humanité.

Je n’en veux à personne, pas même à ceux qui auraient cherché à s’emparer de mon trône et de mon anneau.

Quand on est de noble race et de haute naissance, on ne doit parler à qui que ce soit que selon la justice.

Quant à vous, jouissez de toute sécurité, car je ne m’abandonnerai pas aux œuvres d’Ahriman.

Tous ceux qui entendirent ces paroles se mirent à bénir son trône et sa couronne ; ils partirent heureux de le voir sur le trône et bénissant sa fortune.

Le roi descendit du trône joyeusement et pensa toute la nuit à Hormuzd.

Quand le voile d’ébène de la nuit eut disparu et qu’on entendit de loin le chant du coq, le maître du monde se rendit auprès de son père, l’âme pleine de douleur, le cœur tout blessé.

En le voyant, il gémit et l’adora ; il se tint debout devant lui pendant longtemps, puis il dit :

Ô roi infortuné, héritier de Nouschirwan !

Tu sais que si j’avais pu être ton soutien, personne ne t’aurait piqué le doigt avec une aiguille ; maintenant réfléchis à ce que tu veux m’ordonner.

Le chagrin s’est abattu sur toi, mon cœur est gonflé de sang.

Si tu me donnes des ordres, je suis un esclave qui se tient à ta porte pour garder ta tête.

Je ne recherche pas la possession du diadème, je ne demande pas le commandement de l’armée, j’offre au roi ma tête.

Hormuzd lui dit :

Ô homme de peu de raison !

Mes jours de malheur passeront aussi.

Ceux qui m’ont réduit à cet état ne vivront pas longtemps et leurs efforts et leurs convoitises passeront devant moi.

Je te demande trois choses et ne te demande que cela.

D’abord, qu’à l’aube de chaque jour, tu viennes réjouir mon oreille du son de ta voix ; ensuite que tu m’envoies un cavalier parmi ceux qui portent haut la tête, qui connaisse nos vieilles luttes, pour qu’il me parle de batailles, un homme qui ait aimé la chasse ; de même un vieillard savant, qui puisse parler des rois, qui m’apporte un livre et m’enlève ainsi les douleurs et les peines.

Mon troisième vœu est que les yeux de tes oncles maternels, qui sont tes serviteurs et non pas tes égaux, ne voient plus le monde et que tu venges sur eux ma douleur.

Khosrou répondit :

Ô roi !

Périsse quiconque ne plaint pas l’état de tes yeux et que tes ennemis disparaissent du monde, quand même leurs crimes seraient restés secrets.

Mais réfléchis dans ton esprit lucide que Bahram Djoubineh a été Pehlewan ; il a avec lui une armée innombrable de cavaliers et de héros qui frappent avec l’épée.

Si je mets la main sur Gustehem, je ne trouverai plus de lieu de refuge dans le monde.

Ne crois pas qu’il soit fou et qu’en paroles et en actions, il soit insensé.

Quant aux vieillards lettrés qui sauraient lire au roi les vieilles histoires et aux cavaliers accoutumés aux combats et experts en tout ce qui regarde les fêtes, je t’en enverrai toujours de nouveaux.

Puisses-tu être un peu moins triste dans tes douleurs ; puisse ton cœur endurer ces peines et la patience s’allier à ta raison !

Ayant ainsi parlé, il partit en pleurant et ne communiqua à personne ses pensées secrètes.

Le fils était plus tendre que le roi et un sage a dit là-dessus :

Un jeune homme affable et doux de paroles vaut mieux qu’un vieillard querelleur et affaibli par l’âge ; mais la tête de l’homme de valeur et celle du vaurien sont à la fin également recouvertes par la poussière.

Dernière mise à jour : 7 sept. 2021