Schapour Dhou'l Aktaf

Le Kaïsar du Roum fait coudre Schapour dans une peau d'âne

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Or il arriva qu’un jour, malgré sa couronne et ses trésors, son âme fut fatiguée de la vie ; trois veilles de la nuit s’étaient passées, lorsqu’il fit appeler ses astrologues, à qui il fit des questions sur l’avenir de son trône impérial, sur les peines et sur le bonheur qu’il pouvait en attendre.

Les astrologues. apportèrent leurs astrolabes et firent leurs. projections relativement à sa tranquillité et à son repos.

Ils observèrent attentivement le Cœur du Lion, qui indique la victoire et la prospérité, pour voir si le roi était menacé d’un malheur, ou si la majesté que Dieu lui avait donnée s’accroîtrait.

Après avoir fait leurs observations, l’un d’eux dit :

Ô roi, maître du monde, au cœur serein et plein de vertu !

Une affaire pénible et douloureuse te menace et personne n’osera t’en parler. »

Schapour lui répondit :

Ô homme savant ; qui cherches la vraie voiel quel moyen y a-t-il pour que j’échappe à ce malheur et qu’une mau-

vaise étoile ne me foule pas aux pieds ’I»

L’astrologue répliqua :

Ô roil qui est-ce qui peut, par la bravoure ou par le savoir, se soustraire à la rotation de cette roue instable, si sage ou si belliqueux qu’il soit ?

Tout ce qui doit se passer se passera avec certitude ; ne luttons pas contre la rotation du ciel. »

Le noble roi lui répondit :

Dieu est le refuge dans tout malheur ; c’est lui qui a créé le ciel sublime qui tourne, qui a créé ce qui est puissant et ce qui est faible. »

Le roi se mit à répandre la justice sur l’empire et pendant quelque temps il se trouva heureux et sans souffrir de peine.

Mais lorsque tout son pays fut prospère par ses efforts, il eut envie d’aller à Roum, pour voir la splendeur du Kaiser, son armée,

Ses trésors et sa puissance.

Il s’en ouvrit en secretà son ministre, qui était un Pehlewan, un brave et un homme juste et sage.

Il lui confia son secret et les pensées qu’il tenait cachées devant tout autre et lui dit :

Gouverne ce royaume avec justice, la justice te donnera le bonheur. »

Puis, il demanda dix files de beaux chameaux, avec un chamelier pour chaque file ; il les chargea de brocarts et de joyaux ; il char-’ gea trente chameaux de pièces d’or.

Il partit plein de soucis du pays cultivé et continua de cette manière jusqu’à Roum.

Près de la ville il vit un bourg habitépar des paysans et des citadins ; il entra dans la maison d’un propriétaire et demanda s’il pouvait y loger.

Le maître de la maison lui’fit grand accueil, disant :

Nous ne trouvons jamais des hôtes comme ce toi. »

Il resta cette nuit, mangea et fit quelques cadeaux qui furent reçus par le Dihkan avec de nouvelles bénédictions.

Le matin il fit charger ses bagages et alla, rapidement comme le vent, vers le palais du Kaïsar.

Arrivé près du gardien de la perle, il le salua et lui offrit de l’or ; le gardien lui demanda :

Dis-moi qui tu es, car tu as la stature et la mine d’un roi. »

Il lui répondit :

Je ne suis pas un roi, je suis un honnête homme du pays de Fars.

Je viens de Djez pour faire du commerce et j’ai une caravane chargée de fourrures et de toiles fines ; je suis venu à cette cour, espérant qu’on me donne accès auprès du Kaisar.

Ce qui peut lui plaire de ces marchandises, tout ce qu’il y a de joyaux et d’armes de guerre, qu’il les accepte de son serviteur et les place dans son trésor, je m’en réjouirai et ne m’en cha-

. grinerai pas.

Je vendrai le reste pour de l’or et de l’argent : le Kaiser est mon asile et je ne crains rien ; j’achèterai ce qu’il me faut du pays de Roum et le porterai dans le pays florissant d’Iran. »

Le vieillard quitta en toute hâte la porte du palais, entra chez le Kaïsar et lui raconta cette affaire.

Le Kaiser ordonna qu’on relevât le rideau de la porte et qu’on fît passer le marchand auprès de lui.

Schapour, arrivé en saprésence, le salua d’une façon convenable et le Kaiser regarda le vaillant Schapour, dout la beauté attirait ses yeux et son cœur.

Il fit demander des tables et du vin et fit orner tout le palais et la salle d’audience.

Or il y avait dans la ville de Roum un Iranien plein d’expérience, mais homme injuste et méchant ; il dit au Kaiser :

Ô toi qui portes haut la tôle !

Apprends de m’ai en secret quelque chose de nouveau.

Ce notable marchand qui vend du brocart pour des pièces d’or, je dis que c’est Schapour le roi des rois, d’après ses paroles, son aspect, sa mine majestueuse et ses manières. »

Le Kaïsar à ces parolesfutytroublé et ses yeux s’obscurcirent en regardant le roi ; il plaça un surveillant pour l’observer, ne dit rien à personne et garda ce secret pour lui-même.

Lorsque le roi Schapour fut ivre, il se leva ; mais le Kaïsar jeta un regard sur lui, le surveillant s’approcha, le saisit et lui dit :

Tu es Schapour fils de Nersi !

Ô merVeiIlel»

Il l’emmena dans le palais des femmes et lui lia les mains.

Personne n’échappe par le.courage aux pièges du malheur.

Pourquoi faire faire des calculs par les astrologues, puisque tout leur savoir ne sert à rien ?

On alluma une bougie devant le roi ivre et on le cousit misérament dans une peau d’âne et chacun dit que ce malheureux était venu chercher une peau d’âne et avait jeté au vent son bonheur.

Il y avait une petite chambre sombre, où l’on porta sans délai le malheureux ; on le jeta dans ce lieu étroit et l’on mit un cadenas à la porte ; on donna la clef à la maîtresse du palais ; on lui livra le corps de Schapour, revêtu d’une peau étrangère.

Le Kaïsar dit à sa femme :

Donne-lui assez d’eau et de pain pour qu’il ne meure pas vite.

S’il vit encore quelque temps, il comprendra peut-être ce que valent son trône et sa couronne et il ne pensera plus au trône des Kaïsars, lui qui n’est pas de leur race. »

La femme du Kaiser ferma la porte de cette chambre ; elle-même demeurait dans une autre partie du palais, mais elle avait une trésorière une femme au visage de lune, qui était sa conseillère en toute chose et descendait d’une famille iranienne dont elle se rappelait toutes les générations.

La femme du Kaïsar lui confia la clef de la chambre et le vaillant Schapour cousu dans la peau d’âne.

Le mêmejour, le Kaïsar mit en marche son armée du pays du Roum, laissant Schapour enfermé dans cette peau, et, étant arrivé sur les frontières de l’Iran, il fit tirer à ses troupes l’épée du combat.

Le Roumi emmena de l’Iran des captifs, car ces hommes vaillants n’avaient pas de chef ; il ne laissa dans l’Iran ni femmes, ni hommes, ni enfants, il n’y laissa pas de richesses, ni grandes ni petites.

Ce peuple n’avait aucune nouvelle du roi Schapour, ni de sa vie ni de sa mort ; tout l’Iran pleurait sur les actes des Roumis et l’empire était dépeuplé ; des Iraniens innombrables se firent chrétiens et tout le pays se rendait auprès des évêques.

Dernière mise à jour : 7 sept. 2021