Kesra Nouschirwan

Le Khakan offre sa fille en mariage à Nouschirwan

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Le Khakan écouta ces récits, il en pâlit et devint comme la fleur du fenugrec.

Son cœur fut rempli de terreur par ces paroles et son cerveau se fendit sous le coup de ces soucis.

Il s’assit plein de douleur avec ses conseillers et dit à cette illustre assemblée :

Ô sages, que faut-il faire dans ces circonstances et quel chagrin est pire que les soucis d’un homme frappé comme moi ?

Il ne faut pas qu’après notre

victoire dans la bataille notre gloire soit convertie en honte. »

Les Mobeds proposèrent des moyens de toute espèce, parlant à droite et à’gauche et se débattant ; à la fin le Khakan dit :

Voici ce qu’il faut : j’enverrai un.vaillant homme auprès du roi ; j’aurai le dessus dans cette affaire par une idée, j’arrangarai cela et ferai du roi mon parent.

J’ai dans l’appartement de mes femmes beaucoup de filles qui sont comme les diadèmes sur la tête des reines, j’en fiancerai une au roi des rois et me délivrerai des soucis qu’il me donne, et, une fois qu’il sera lié à moi par alliance, personne ne lui conseillera plus de me faire du mal;il sera fier et glorieux et toutes les autres guerres ne seront plus qu’un jeu pour nous. »

Les nobles approuvèrent ce plan du roi et ils dirent d’une seule voix que c’était la le chemin à suivre.

Il choisit alors trois grands de l’armée qui savaient parler et comprendre une réponse;il ouvrit la porte du trésor qui contenait l’or, disant :

Pourquoi possède-t-on des joyaux, si ce n’est pour acquérir du renom, écarter une honte, ou pour servir à des présents, à des fêtes et à rétablir la paix ? »

Il réunit des présents tels que ni les grands ni les petits n’en avaient jamais vu de pareils, puis il appela un scribe expérimenté et lui dicta tout ce qu’il avait dans l’esprit.

Il commença par les louanges du Créateur tout-puissant, sachant tout, maintenant tout, maître de Saturne, du soleil et de la lune, maître de la victoire et du pouvoir, qui ne demande à ses serviteurs que de la droiture et ne permet pas que le juste périsse.

Puisse-t-il bénir le roi de l’Iran, maître de l’épée, de la massue et du casque, maître du savoir, de la couronna et du trône, à qui celui qui donne la victoire a accordé ses souhaits et la fortune !

Le maître du monde, fils des Chosroès, le sage distingué par sa gravité, son savoir et sa justice, sait qu’un homme, si grand et si puissant qu’il soit, a besoin d’être honoré parmi les hommes ; or mes envoyés intelligents, qui sont mes proches et mes alliés, m’ont, à leur retour de ta cour à la mienne, tant parlé du roi, de sa justice, de son grand sens, de sa haute fortune, de sa couronne, de sa fierté et de son trône, que l’idée de sa grandeur m’a donné le désir de m’abriter sous l’ombre de ses ailes.

On n’a rien de plus cher que son sang et un enfant intelligent ne fait qu’un avec le cœur du père ; eh bien !

S’il te plaisait de me demander une de mes filles pures, la plus tendre, la plus belle à voir, la plus parfaite de conduite, si cela te convenait et il se peut que cela te paraisse une bonne chose, l’Iran et la Chine ne seraient plus séparés et nous pourrions répandre sur le monde les plus grandes bénédictions. »

On écrivit [ont cela sur du satin de Chine et l’on porta la lettre et le sceau du roi au vizir.

Le Khakan choisit dans sa famille trois grands personnages

Aux paroles douces et ils partirent de sa puissante cour et se rendirent dans l’Iran auprès du grand roi.

Ils apportèrent trente mille pièces d’or sur trois écharpes et les placèrent devant lui comme offrande ; les objets d’or, d’argent et de brocart chinois qu’ils déposèrent rendirent la terre plus brillante que le ciel ; on fit asseoir les envoyés et ils saluèrent le roi en langue chinoise et le Destour du roi leur fit préparer un palais digne de leur rang.

Le ciel ayant tourné pendant une nuit, le roi. aussitôt que le soleil eut montré au-dessus des montagnes sa tête brillante, monta sur son trône de turquoises, plaça sur sa tête un diadème de rubis, ordonna aux Mobeds et aux nobles de s’asseoir devant lui avec les sages illustres et dit :

Apportez cette lettre écrite sur du satin et placez-la devant mon scribe. »

Tous les grands s’assirent en cercle et Yezdeguerd s’avança gracieusement vers le roi.

Lorsqu’il eut lu la lettre au roi de l’Iran, l’assemblée entière resta confondue de toute la bonne grâce, de la politesse et du respect pour le roi qui paraissaient dans les paroles du Khakan.

Tous ces grands pleins de vertu se mirent à célébrer les louanges de Nouschirwan :

Grâces soient rendues à Dieu, notre refuge, de ce qu’il a placé sur le trône le plus victorieux, le plus majestueux, le plus glorieux des rois, le plus grand par la douceur, la bonté, la gravité et la dignité !

Dans le combat,

, c’est un terrible éléphant ivre ; dans les fêtes, c’est une lune qui chérit ses hôles.

Tous ses ennemis sont ses intérieurs, si même ils méritent ce titre.

Nous n’avions à craindre que cette armée du pays de Djadj et le Khakan, maître du trésor et de la couronne ; mais tous les hommes vaillants qui ont du sens et cultivent le repos et la droiture sont nos amis, grâce à la majesté du roi des rois et se rapprochent de lui et maintenant que le Khakan comprend qu’il ne pourrait pas résister au roi, il recherche son alliance.

Il ne faut pas retarder la conclusion de cette affaire, car personne ne peut trouver honteuse une alliance avec un homme dont les armées occupent tout, depuis la Chine jusqu’à Bokhara et qui est l’asile de tous les grands de ces pays. »

Le roi ayant entendu les paroles de ces hommes intelligents, de ces grands et de ces Mobeds à l’esprit lucide, renvoya de la salle d’audience tous les étrangers et fit amener devant lui les envoyés du Khakan ; le roi des rois les reçut amicalement et les fit asseoir tout près de son trône et ils lui répétè- rent le message du prince, en l’assurant que tout ce qu’ils disaient était vrai.

Le roi écouta les paroles chaleureuses que les héros chinois prononçaient d’une voix douce et répondit :

Le Khakan de la Chine est un homme puissant, sage et illustre.

Il veut s’allier avec moi en me donnant sa fille, il ail

veut contracter une amitié avec moi.

Tout homme qui a de l’intelligence dans l’âme doit faire ses affaires avec les yeux de l’intelligence ; je vais m’y appliquer et prendre une résolution qui nous portera bonheur ; je vais répondre a tout ce qu’il dit, mais il faut que le"Khakan agisse de bonne foi dans son choix.

J’envorrai un homme de sens qui passera en revue toutes les filles du Khakan, choisira la plus illustre et la plus chère à son père et s’assurera que la mère était issue de famille royale et d’une naissance égale à celle du père.

Quand tout cela sera fait comme je le dis, le Khakan aura rempli les conditions de l’alliance qu’il me propose. »

Les envoyés prononcèrent des bénédictions sur le roi, disant :

Notre maître est heureux de la faveur du roi et quoique l’appartement de ses femmes soit un nuage qui ne fait pleuvoir que des perles, il ne refusera à Kesra rien de ce qu’il contient.

Choisis donc un de tes sages, pour qu’il se rende auprès du Khakan et les femmes voilées, qu’il tient derrière le rideau, ne voileront pas leurs visages devant lui. »

Le roi des rois entendit leurs paroles et le vieux monde se rajeunit pour lui.

Dernière mise à jour : 7 sept. 2021