Keï Khosrou

Kamous tue Alwa

...

On entendit des deux côtés le bruit des clairons et des timbales ;

Les incantations et la ruse ne pouvaient plus rien.

L’air était agité, la plaine et la montagne tremblaient et la terre s’ébranlait sous les sabots des chevaux.

Kamous occupait la droite de la ligne des Turcs ;

Derrière lui étaient les éléphants de guerre et les bagages ;

A l’aile gauche se tenait le roi de l’Inde, portant une cotte de mailles et assis sur une selle couverte de soie de la Chine ;

Au centre se trouvait le Khakan.

Le ciel était sombre, la terre tremblait.

Dans l’autre armée on voyait, à l’aile gauche, Feribourz brillant comme le soleil dans le signe du Bélier ;

A l’aile droite, Guiv fils de Keschwad, tout couvert d’acier ;

Au centre Thous fils de Newder, qui se tenait à pied derrière les timbales et les trompettes.

Alors l’eau se changea en feu et en fumée et la bataille devint telle que jamais brave n’en avait vu même en songe de semblable.

Les cris que poussaient les troupes de toutes parts déchiraient les oreilles des éléphants.

Le premier qui s’avança entre les deux armées, vomissant par la bouche une écume de sang, fut Kamous le Sipehbed orgueilleux, entouré de troupes, d’éléphants et de timbales ;

Il poussait des cris comme un éléphant ivre, il brandissait une massue à tête de bœuf, en disant :

Où est ce vaillant fantassin qui défie ceux qui ne demandent qu’à combattre ?

S’il veut venir maintenant avec son arc et ses flèches, il périra par la flèche et l’arc.

Les vaillants guerriers, comme Thous qui portait haut la tête, Rehham et Guiv, virent Kamous ;

Mais personne ne voulut lutter contre lui et le champ restait vide d’Iraniens, dont aucun n’osait le combattre ;

Car ils ressemblaient à des gazelles et lui à un léopard.

Il n’y eut qu’un homme du Zaboulistan, nommé Alwa, qui tira promptement son épée du fourreau.

C’était un homme accoutumé au maniement des rênes ;

Il savait se servir de l’épée, de la massue et de la lance ;

Son âme avait mûri parmi les travaux et les dangers de la guerre.

Rustem avait été son maître dans l’art des combats et avait l’habitude de lui confier sa lance et personne alors ne passait derrière Rustem.

Qu’a dit le sage vieillard, le maître des sentences ?

Écoute ses paroles et ne les oublie pas :

Ne te laisse pas éblouir par l’éclat de tes prouesses et ne pose ton pied que sur un terrain ferme.

Porter à la mer profonde l’eau d’une source, c’est une lutte qui ressemble à la folie.

Lorsque Alwa partit pour combattre Kamous qui le défiait, on leur laissa libre un grand espace ;

Le héros de Kaschan s’avança semblable à un loup, frappa Alwa avec la lance, le désarçonna, le jeta sans peine par terre, arrêta son cheval et le fit broyer par ses sabots, jusqu’à ce que le sol fût rougi de son sang.

Dernière mise à jour : 7 sept. 2021