Keï Khosrou

Guiv porte à Piran un message de Gouderz

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Arrivé à Reibed, Gouderz choisit les chefs de l’armée les plus vaillants, des cavaliers iraniens éprouvés, des hommes éloquents et prêts au combat ; il choisit ainsi, parmi les plus illustres héros, mille braves ses Bois. armés de poignards ; ensuite il appela Guiv sur le front de l’armée et lui répéta tout ce que le roi lui avait dit :

Ô mon prudent fils, toi qui élèves ta tête au-dessus de beaucoup de têtes, je t’ai choisi parmi toute cette armée, parmi des hommes dignes de régner sur tous les pays de la terre, pour t’envoyer auprès de Piran, à qui tu parleras et dont tu écouteras la réponse.

Tu lui répéteras en mon nom ces paroles :

Je suis entré dans le Touran avec une armée, par ordre du roi.

Tu sais ce que tu as fait et ce que tu as dit ; tu dois te rappeler les temps de tranquillité et les temps d’anxiété et de fatigue.

Lorsque les rois, les grands et tout le pays de Touran eurent commis ’un crime et que Feridoun le roi illustre eut quitté le monde, le cœur blessé, l’âme inquiète, les cils de ses yeux trempés de fiel ; lorsque l’Iran et son roi étaient pleins de douleur et que la lune en deuil à cause de la mort d’Iredj ne brillait plus, alors toi seul parmi le peuple des Turcs t’es vanté de ton humanité et de ta loyauté.

Mais ce renom d’humanité n’est qu’un mensonge ; car je ne vois dans ton cœur ni humanité ni repos.

Khosrou, le roi plein de clémence, m’a ordonné de t’adresser des paroles douces.

Il m’a dit de me souvenir que du temps du noble Siawusch tu n’as jamais jeté les fondements du mal ; qu’il t’a toujours honoré comme étant innocent du sang de son père ; que tous les crimes que tu as commis jusqu’à pré.-sent et tout le mal»

Que tu as fait aux rois de la terre te seront pardonnés par lui et qu’il comptera pour bonnes toutes les mauvaises actions que tu as commises.

Il ne faut donc pas que tu périsses de mes mains, car tes nombreux méfaits sont des choses passées.

Ensuite réfléchis que dans le cours de cette guerre entreprise contre Afrasiab, le sort te prépare une prompte fin.

Les grands de l’Iran et mon fils te communiqueront tous mes conseils ; disleur tout ce que tu sais et adresse-leur des questions.

Si ton cœur et ta langue s’accordent, tu peux regarder tes inquiétudes comme finies et ta vie comme sauvée ; ton pays et ta famille seront pros-pères et ta tête n’aura plus rien à craindre de mon épée.

Mais si tu donnes lieu au soupçon d’une trahison, la couronne, le trône et le diadème le seront enlevés ; je ne me permettrai dans cette guerre ni repos ni sommeil ; moi et ma massue, le champ de bataille et Afrasiab et c’est assez : mon roi n’aura pas besoin de beaucoup de troupes pour accomplir sa vengeance.

Si tu veux suivre mon conseil de point en point, si tu donnes ton assentiment à mes sages paroles, saisis d’abord, dans l’assemblée des grands, tous ceux qui ont fait naître cette haine, qui ont retroussé leurs manches pour répandre du sang, qui ont étendu leurs mains pour ôter la vie à Siawusch et dont l’injustice a pesé

3M) sur les hommes ; enchaîne-les comme des chiens et remets-les-moi pour que je les envoie au roi, qui les fera mourir ou leur fera grâce.

Le roi maître du monde a écrit tous leurs noms dans mes listes.

N’as-tu jamais entendu cette belle sentence que le lion furieux a dite au loup, que quiconque lève la main pour répandre du sang royal, le monde n’a plus d’autre place pour lui que la poussière ?

Ensuitè tout ce que tu possèdes de trésors sont autant d’ennemis de ton âme sombre ; envoie-moi donc tes nobles chevaux, tes joyaux, tes pièces de brocart, ton or, tes diadèmes, tes épées, tes casques, les caparaçons de tes chevaux, tes cuirasses, les poignards indiens et toutes tes armes d’or et d’argent sans exception ; ce que tu as obtenu injustement des hommes, ce que tu as ramassé sur la voie du crime, serst’en pour racheter ton âme et pour assurer la prompte guérison de tes maux.

Ce qui parmi ces richesses est digne du roi du monde, je le lui enverrai et distribuerai le reste à l’armée en expiation de tes anciens méfaits.

Enfin envoie-moi ton fils chéri, le gardien de ton trône et de ton sceau et tes deux frères, les chefs de l’armée, qui lèvent sans cesse leur tête jusqu’à la lune.

Quand tu m’auras remis en otage, pour que je puisse croire à ta sincérité, ces trois hommes choisis dans l’illustre assemblée qui t’environne, alors l’arbre de la loyauté portera fruit pour toi. 3M Examine maintenant les deux routes qui sont ouvertes devant toi.

Prends celle qui conduit auprès de Khosrou, arrache de ton cœur tout attachement pour Afrasiab, renonce à le voir même en songe, rends-toi auprès de Khosrou avec ta famille, re-pose-toi à l’ombre de son amitié et je te jure qu’il élèvera ta tête jusqu’au soleil brillant ; personne ne connaît mieux que toi la tendresse de son cœur et tu sais qu’il ne fait rien qui ne soit digne d’un roi.

Mais si la crainte du mal que pourrait te faire le roi des Turcs t’empêche de te rendre dans l’Iran, alors quitte le Touran, retire-toi à Djadj ; portesy ton trône et faisy briller ta couronne.

Ou si tu tiens à Afrasiab, retourne à sa cour et ne reste pas ici pour nous combattre.

Car il ne faut pas que tu prétendes te mesurer avec moi, qui possède la force du lion et la griffe du léopard.

Je détruirai entiè-rement la fortune des Turcs ; mon arc est un nuage d’où il pleut du poison.

Enfin, si tout cela ne t’arrête pas, si tu désires le combat, si tu veux marcher contre l’Iran, si tu crois pouvoir résister au lion dévorant, eh bien, prépare tes armes, lève-toi et avance jusqu’ici ; quand deux armées forment leurs lignes, alors on voit qui est le coupable et qui est l’innocent.

Si tu n’écoutes pas mes conseils, tu t’en repentiras jusqu’à la fin de tes jours ; mais ce repentir ne te profitera plus, quand l’épée du sort aura moissonné ta tête. »

Ainsi parla le .Pehlewan, 3o

Et il ordonna à son fils de répéter mot pour mot à Piran tout son discours.

Dernière mise à jour : 7 sept. 2021