Iskender

Iskender se rend en ambassadeur auprès de Keïdafeh

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Le roi, qui voulait conquérir le monde, choisit parmi lesllloumis dix hommes illustres tels qu’il lui en fallait, tous des confidents qui pouvaient garder son secret.

Il leur dit :

Pendant le voyage vous ne m’appellerez que Bithekoun. »

Keïderousch se mit à la tête du cortège ; Iskender ne le perdit pas de vue et ne cessa de l’écouter.

Leurs puissants destriers coururent comme le feu ; ils arrivèrent à une montagne formée de cristal, couverte de toutes sortes d’arbres fruitiers et de plantes de toute espèce et ayant traversé ce pays montagneux, ils continuèrent leur route à travers le pays de la reine.

Keïdafeh apprit la nouvelle de l’approche de Keïderousch et écouta avidement, car il s’agissait de son fils ; elle alla à sa rencontre avec un grand cortège, tout composé d’hommes puissants et fortunés.

Aussitôt que le fils aperçut sa mère, il mit pied à terre et lui offrit ses hommages.

Keïdafeh lui ordonna de remonter à cheval et ils se remirent en route, l’un tenant la main de l’autre.

Keïderousch lui conta tout ce qui lui était arrivé, il lui conta, les joues pâlissant au souvenir, ce qui s’était passé dans la ville de Feryan et qu’il

-n’y avait plus ni diadème, ni trône, ni armée, ni trésor.

L’homme qui va arriver m’a sauvé, moi et ma femme, des mains d’Iskender fils de Pheïlekous, qui avait déjà ordonné de me trancher la tête fret de brûler mon corps.

Maintenant fais pour lui gracieusement tout ce qu’il te demandera et ne démens pas mes promesses par ta réponse. »

À ce récit de son fils, le cœur de Keïdafeh fut bouleversé de douleur.

Elle envoya chercher le messager dans son palais, le fit asseoir sur le siège destiné aux plus nobles, le reçut bien et lui adressa beaucoup de questions.

Elle lui fit préparer une demeure somptueuse et lui envoya de la nourriture de toute espèce, des vêtements et des tapis.

Il se reposa cette nuit,-et le lendemain de grand matin, il se rendit à la cour de la reine pour lui faire visite.

Les serviteurs levèrent le rideau et le laissèrent passer à cheval par la grande porte.

Il vit Keïdafeh sur son trône d’ivoire, une couronne de grenats et de turquoises sur la tête, entourée d’esclaves nombreuses, vêtue d’une tunique mecquoise en brocart et d’une veste bordée en or et brodée d’œillets en pierreries, le visage brillant comme le soleil, assise sur un trône soutenu par des colonnes en cristal et devant elle des esclaves parées de colliers et de boucles d’0-reilles et portant aux pieds des bottines brodées de pierres fines ; Iskender en resta confondu et prononça tout bas bien des fois le nom de Dieu, car le Kaïsar voyait un trône en comparaison duquel le Roum et l’Iran ne comptaient pour rien.

Iskender s’approcha de la reine et baisa la terre, à la manière des courtisans Keïdafeh le regarda, lui

Fit accueil, lui adressa beaucoup de questions et le fit asseoir.

Lorsque le soleil brillant eut disparu du ciel et que le temps de l’audience pour les étrangers fut passé, elle fil. dresser des tables et demanda des musiciens et du vin.

On plaça dans toute la salle des tables de bois de teck garnies de boutons d’or et incrustées d’ivoire ; on servit des mets innombrables et quand les mets furent mangés, on apporta du vin.

Keïdafeh fit placer sur les tables des coupes d’or et d’argent,.et ses hôtes commencèrent par boire à sa santé.

Pendant qu’ils étaient à boire du vin, la noble reine regarda Iskender plus attentivement, puis elle dit à son trésorier :

Apporte-moi, telle qu’elle est, cette brillante pièce de soie sur laquelle est peint un portrait qui charme les cœurs, mais ne le touche pas rudement avec la main. »

Le trésorier l’apporta et le plaça devant elle et elle l’étudia avec une attention extrême, puis elle regarda bien Iskender et ne vit pas de différence entre lui et le portrait.

Keïdafeh reconnut alors que c’était le Kaïsar, maître de cette armée glorieuse, qui s’était fait son propre envoyé et était venu bravement à cette cour.

Elle dit :

Ô homme puissant !

Viens ici nous dire le message d’Iskender. »

Il répondit :

Le roi du monde m’a parlé en présence des grands du pays et m’a chargé de dire à Keïdafeh, la reine au cœur pur :

Ne recherche dans le monde que la droite turc.

Garde-toi de t’écarter de mosordres et observe le traité sage que je te propose,-mais si tu laisses enntrer la duplicité dans ton âme, j’amènerai une ars mée qui brise les cœurs.

J’ai trouvé partout des traces de ton habileté et je ne me suis pas pressé de te faire la guerre.

Tu es douée de sagesse, ta vie est pure et le monde est plein de confiance dans ton intelligence subtile.

Maintenant, si tu ne refuses pas de payer tribut et redevances, si tu reconnais que tu n’es pas assez puissante pour me résister, tu ne trouveras en moi que de l’a bienveillance et de la droiture, pourvu que tu le tiennes éloignée de la fausseté et du mensonge. »

’ À ces paroles Keïdafeh tressaillit ; mais elle sentit que son seul parti était le silence.

Elle lui dit :

Maintenant rentre dans ton palais et repose-toi avec tes . amis.

Quand tu viendras demain, je te donnerai ’. ma réponse et j’aviserai à ton retour. »

Iskender s’en revint dans son palais et passa toute la nuit à chercher un moyen de sortir de difficulté.

Lorsque le brillant flambeau du soleil eut levé sa tête au-dessus des montagnes et que les plaines et les hauteurs resplendissaient comme un drap d’or, Iskender se présenta à la porte de la reine, le sourire sur les lèvres, le cœur noir de souci.

Le grand maître des cérémonies le vit, l’interrogea et le mena devant la reine.

Il trouva la salle d’audience pleine de monde, il vit le trône de la reine tout construit en cristal de roche et incrusté de cornalines et de chrysoprases v.

Qui encadraient des pierreries dignes d’un roi ; l’estrade du trône était toute en bois de sandal et en aloès et les colonnes étaient couvertes d’onyx et de turquoises.

Iskender resta confondu de ce lieu, de cette majesté, de cette splendeur et de cette puissance et s’écria :

Voici un palais dont les adorateurs de Dieu ne verront pas l’égal. »

Il s’avança avec dignité vers la reine, on plaça un trône d’or pour lui et Keïdafeh lui dit :

Ô Bithekoun !

Pourquoi es-tu si étonné de ce palais ?

Est-ce qu’il n’y en aurait pas de pareil dans le Roum, puisque ce pauvre pays te surprend ? »

Iskender répondit :

Ô reine !

Ne déprécie pas ce palais.

Ta tête s’élève au-dessus des têtes des rois parce que ta mer est une mine de perles. »

Keïdafeh sourit en observant l’impression qu’il avait reçue et son cœur se réjouit de ses paroles.

Ensuite elle renvoya tous ceux qui se trouvaient là, fit asseoir l’envoyé tout près d’elle et lui dit :

Ô fils deAPheïlekous !

Les fêtes et les combats, la prospérité et l’adversité te sont-ils indifférents ? »

Iskender pâlit à ces paroles de la reine, son âme fut affligée, ses joues blêmirent et il lui répondit :

Ô reine, pleine d’intelligence !

Tu ne devrais pas parler ainsi.

Je rends grâce à Dieu, qui maintient en vie tous les êtres, que dans ce moment je ne sois pas accompagné d’un grand de la cour, qui pourrait raconter ceci au roi du monde, lequel ne tarderait pas à séparer mon âme de mon corps.

Je suis Bithekoun, ô maîtresse du monde !

Ne m’appelle donc pas fils de Pheïlekous. »

Keïdafeh lui dit :

Dispense tes lèvres de cette discussion, car tu es Iskender.

Si je mets devant tes yeux ton image, cesse de chercher des expédients et tâche ’être calme. »

Elle apporta et plaça devant lui la pièce de soie sur laquelle était dessiné un portrait ravissant et tel, que si une peinture pouvait remuer, celle-ci serait le roi Iskender lui-même.

Iskender se mordit les lèvres, le jour devint sombre devant lui comme la nuit noire et il dit :

Malheur à qui ne porte pas toujours sur lui une épée cachée ! »

Keïdafeh lui répondit :

Si tu avais en face de moi ton épée suspendue au baudrier sur ta poitrine, ni ta forceni ton glaive tranchant ne te serviraient : tu n’aurais ni un champ pour le combat ni un lieu pour la fuite. »

’ Iskender lui dit :

Un prince qui veut conquérir le monde par sa bravoure ne doit jamais reculer devant le danger, car un homme sans cœur ne devient jamais puissant.

Si j’avais dans ce moment mes armes, tout ce palais deviendrait une mer de sang ; je te tuerais ou je me percerais moi-même en face de mes ennemis. »

Dernière mise à jour : 7 sept. 2021